
Comme Gaïa, nous rencontrons, parfois, des difficultés à bien poser nos limites.
Pour Sharon Martin, les limites ont deux fonctions majeures :
Une frontière est une ligne de démarcation qui définit qui vous êtes en tant qu’individu et comment vous interagissez avec les autres. Les limites définissent ce qui est moi (mon corps, mes sentiments, ma propriété, mes responsabilités, etc.) et ce qui n’est pas moi.
Martin1, p. 12 (traduit avec Deepl)
Les limites jouent donc un rôle essentiel les uns par rapport aux autres : elles nous différencient, elles établissent nos champs de responsabilité respectifs et elles nous protègent.

Pour Sèdami Gwladys Tossa2, poser des limites, c’est nous présenter au monde, tel(le)s que nous sommes. En ne le faisant pas, nous laissons les autres définir qui nous sommes et décider pour nous.
Définir et bien poser des limites ne sont pas choses aisées. Parfois, nous rencontrons des difficultés à le faire, dans certaines situations et/ou auprès de certaines personnes (y compris nous !).
La bonne nouvelle ? C’est une compétence qui se développe.
Je vous explique tout cela, bonne lecture !
1/ La limite : un espace aux multiples fonctions

A. Un concept multidimensionnel
Les limites peuvent être classifiées en six familles2, répertoriées ci-dessous.

Les limites nous sont propres, et dépendantes, entre autres, de notre éducation, de nos valeurs, de notre culture et de l’environnement dans lequel nous évoluons2. Par exemple, il est fort probable que nous ne posions pas les mêmes limites à nos collègues qu’à nos ami(e)s.
En outre, ces limites ne sont pas immuables et peuvent évoluer dans le temps.
B. La limite comme espace de décision
Pour, Tossa2, la limite est assimilable à un espace tampon dans lequel nous décidons ce que ce nous voulons transmettre aux autres et recevoir de leur part.
Ce processus de décision est conscient…ou non.

C. Que nous apportent des limites saines ?
Quand cet espace permet de conduire une réflexion et une prise de décision de qualité, nos limites sont saines.

Établir des limites saines, tant pour soi que pour les autres, permet d’entretenir des relations respectueuses, sécurisantes et satisfaisantes. Comme le rappelle Martin1, les limites saines renforcent notre estime de soi et notre bien-être (et celle et celui des autres).
Petit zoom sur deux apports clés des limites saines.
Elles nous protègent les uns des autres

Elles fixent le champ de responsabilité des uns et des autres
Ainsi, les limites réduisent le risque d’un fonctionnement en « coresponsabilité » excessif et favorisent une relation basée sur un soutien mutuel.
Elles tempèrent les tendances peu louables que nous avons, comme tirer profit des personnes qui ont du mal à dire « non », attendre des autres qu’ils solutionnent nos problèmes, ou encore, les impliquer dans nos solutions (de force ou de gré), etc.
Bien évidemment, nous connaissons tous les apports des limites saines. Pourtant, en bons être humains que nous sommes, nous pouvons éprouver des difficultés à bien les établir. Pourquoi ?
2/ Pourquoi est-ce si difficile de bien les poser ?

Pour introduire ce propos, quelques indicateurs classiques de nos difficultés à le faire (Cole, 20213 citée par Tossa2) :

A. Des limites de mauvaise qualité
Lorsque nous évoquons la difficulté à établir des limites, nous pensons souvent aux limites poreuses : celles qui laissent les autres nous envahir.
Cependant, il y a aussi les limites rigides. A l’image d’un mur en béton armé, elles nous coupent des autres, et peuvent nous pousser à l’isolement, voire à l’agressivité.

B. Nos résistances quant au fait de bien les poser

d’après Cloud & Townsend (20175), Black & Enns (19986) et Cole (20213)
A cela s’ajoutent différentes stratégies d’évitement. Par exemple, ne pas poser des limites aux autres par ce que nous avons du mal à accepter que les autres le fassent avec nous. Faire comme si le non-respect de nos limites n’était pas un problème. Ou encore, dire « oui », tout en manifestant notre mécontentement, pour que l’autre comprenne que notre limite a été franchie. Etc.
C. Nous n’avons pas appris à les poser sainement
Sans entrer dans des détails que je ne maîtrise pas, les styles parentaux influent sur notre capacité à bien poser des limites. Pour que nous soyons en mesure de le faire, notre éducation doit nous avoir permis, entre autres2 :

Quelles limites nous ont été posées dans notre enfance ? Étaient-elles de bonne qualité ?
Avions-nous des modèles capables de poser des limites saines aux autres ?
J’ose poser l’hypothèse que toutes nos familles présentent, à divers degrés, des dysfonctionnements (ex : limites poreuses ou rigides, communication non assertive, tabous). Autant d’éléments qui influencent forcément la relation que nous entretenons avec nous-mêmes, celles que nous avons avec les autres, ainsi que notre capacité à bien poser des limites.
Les traumatismes vécus (ex : violences, décès d’un proche, absence d’une figure parentale) ont également façonné cela.
Comme je vous le disais en introduction, bien poser ses limites est une compétence qui s’apprend !
3/ Développer la compétence de bien les poser

A. (Re)définir ses limites essentielles
Il s’agit d’identifier nos frontières fondamentales, aussi bien envers nous nous-mêmes qu’envers les autres.
Quelles sont nos valeurs ? Quels sont nos besoins et nos attentes minimales à satisfaire pour nous respecter, nous sentir en sécurité, et garantir notre bien-être physique, émotionnel et psychologique ?

Nous l’avons vu, les limites dépendent du contexte. Même si je suis assez convaincue que les limites essentielles constituent une boussole commune à de nombreux domaines, il peut y avoir quelques ajustements.

C’est un exercice à refaire fréquemment, puisque les limites ne sont pas figées dans le temps.
B. Être prêt(e) !
Au-delà de prendre conscience des gains à bien poser nos limites, un autre prérequis est essentiel : être prêt(e) à en assumer les conséquences2.
Commencer à le faire peut surprendre notre entourage. Pour certain(e)s, ces nouvelles « règles » nécessiteront un temps d’intégration plutôt long ! Nous devrons aussi affronter de nombreuses tentatives de transgression, ou un possible éloignement.
De plus (bien) poser des limites est désagréable quand nous ne sommes pas habitué(e)s. Pour oser nous lancer, gardons en tête que :

Comme pour tout, sans être une révélation, l’inconfort d’en poser diminue au fur et à mesure que nous nous entraînons à le faire. Le travail est un lieu d’entraînement intéressant pour ce faire !
C. Les poser avec assertivité

Vaste programme n’est-ce pas 🙂 ? Personnellement, je retiens quatre éléments de tout ceci :
- Communiquer un message spécifique et concis. Inutile de se justifier ou de s’excuser : plus vous le ferez, plus vous prenez le risque que les autres retournent vos arguments contre vous.
- Accompagner l’autre2 dans l’intégration de ce message. Par exemple, « je comprends l’émotion/le questionnement que cela suscite chez toi. Néanmoins, cela signifierait beaucoup7 pour moi que tu respectes cette demande« . Ou alors « Cette demande n’est pas contre toi. Elle répond à mon besoin à moi ».
- Au travail, si dire « non » est trop compliqué, appliquer la technique du « oui mais j’ai des conditions ».
- Ne pas hésiter à répéter, répéter et répéter…

Et si nous ne sommes pas entendu(e)s ?
Malheureusement, vous connaissez, comme moi, des personnes incapables de respecter les limites des autres. Parfois, c’est tout un système qui peine à le faire.
Dans ces cas-là, prendre ses distances, voire partir, s’avèrent les principales options.
Enfin, si nous voulons que nos limites soient respectées, nous devons aussi nous efforcer à respecter celles les autres. Dans quelles situations et auprès de quelles personnes nous arrive-t-il, parfois, d’être nous-mêmes des transgresseurs(ses) de limites ?
Vous l’aurez compris, apprendre à bien poser nos limites est un travail de fond, continu, sans répit. Mais, pour reprendre Tossa, nous montrer tel(le)s que nous sommes en vaut certainement la peine !
Sources
1Martin S., The Better Boundaries Workbook, New Harbinger, 2021
3Cole T., Boundary Boss : The Essential Guide to Talk True, Be Seen, and (Finally) Live Free, Sounds True, 2021
4https://www.therapistaid.com/therapy-worksheet/boundary-styles
5Cloud H. & Townsend J., Boundaries Updated and Expanded Edition : When to Say Yes, How to Say No To Take Control of Your Life, Zondervan, 2017
6Black J. & Enns G., Better Boundaries : Owning and Treasuring Your Life, New Harbinger Publications, 1998
7Formulation proposée par Julie de Azevedo Hanks, dans son ouvrage The Assertiveness Guide for Women, New Harbinger Publications, 2016
Last Updated on 26 mars 2025 by Daphnée DI PIRRO